Reconquérir son autonomie en Suisse

Sortir du piège

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Pour rester concurrentielle sur le marché global, notre agriculture locale est obligée de se spécialiser dans certains produits et de mécaniser le travail. Les familles paysannes doivent souvent acheter des machines très coûteuses et croulent sous les dettes. La souveraineté alimentaire inverse cette tendance en remettant l’humain au centre de l’économie agricole.

de l’endettement à vie

Reconquérir son autonomie en Suisse

Outre la spécialisation et la mécanisation,
la course à l’agrandissement des structures agricoles
a engendré des investissements en capital conséquents : bâtiments, machines, terres. Des dettes difficiles à rembourser vu le prix de vente des produits agricoles.

En Suisse, comme dans tous les pays industrialisés, la tendance est au développement d’une agriculture de plus en plus coûteuse. Par exemple, lors de la reprise de la ferme par l’un des enfants, celui-ci devra emprunter pour payer une part de la valeur de l’exploitation à ses frères et sœurs. Devant ces difficultés financières, la mécanisation pourra lui paraître la solution appropriée.
Partant d’un besoin légitime d’alléger la charge en travail, l’agriculture en est arrivée à une situation peu tenable : le poids des investissements a rendu les familles paysannes prisonnières des banques, de l’agro-industrie et des acheteurs. Elles sont obligées d’amortir leurs investissements et de rembourser leurs dettes. Et sont entrées dans un cercle vicieux: produire toujours plus et vendre même à très bas prix pour avoir assez de liquidités pour rembourser les intérêts.
Si auparavant les fermes fonctionnaient de manière plus ou moins autonome, ce n’est plus le cas aujourd’hui pour la plupart d’entre elles. La récupération du système agricole par le marché globalisé, ainsi que l’industrialisation et la spécialisation de l’agriculture a provoqué de nombreuses ruptures. Les paysan·ne·s ne produisent plus leurs propres semences, engrais ou fourrages. Dorénavant, ils doivent les acheter à des collègues ou à des entreprises, voire à l’étranger.
En Suisse, cette spécialisation provoque une concentration toujours plus forte de la production de volailles ou de porcs. La·le paysan·ne est devenu·e un·e simple employé·e d’un secteur spécialisé, un simple maillon de la chaîne alimentaire. Le besoin de trouver des fonds pour construire une porcherie
ou un poulailler va le lier à une plus grosse entreprise du secteur en question. Celle-ci lui prêtera le montant nécessaire à l’investissement, contre un contrat à long terme. La·le paysan·ne devra lui acheter les poussins et les aliments, faire suivre un certain régime alimentaire à ses animaux et acquérir les produits nécessaires à leur santé.
La croissance irraisonnée des exploitations agricoles a engendré une sur-mécanisation et un surendettement. Des domaines agricoles plus petits, avec peu de machines et de bâtiments, une diversification plus grande et une reprise en main d’une partie de la chaîne alimentaire permettent de remettre des personnes sur les fermes, plutôt que de les robotiser.
La souveraineté alimentaire a pour objectif de briser ce cercle vicieux de la dépendance pour le remplacer par un cercle vertueux. En exigeant des prix équitables, qui couvrent les frais de production et permettent de sortir de l’endettement. En encourageant la production de l’essentiel des besoins sur la ferme directement, ou les échanges entre collègues et voisins (fourrages contre engrais organiques, semences, etc.).

LEXIQUE

Agro-industrie : ensemble des industries en rapport avec l’agriculture, comprend tant les entreprises qui fournissent engrais, pesticides et machines, que la production sous forme de monocultures intensives et l’agroalimentaire.

Mécaniser, mécanisation : introduction de moyens mécaniques qui remplacent le travail manuel, tels que tracteurs et machines associées (tractées), salles de traite et bacs de réfrigération pour conserver le lait avant la livraison, chambres froides pour les légumes, etc.